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Interview Charlotte GIRARD FABRE « Zoom sur une arbitre internationale »

12/02/2018

A l’heure où les Jeux Olympiques d’Hiver s’ouvrent en Corée du Sud, nous vous proposons un Zoom sur Charlotte GIRARD-FABRE, arbitre internationale française bien connue des Ducs d’Angers. A travers une interview et les mots de notre Président Michaël JURET, découvrez le profil d’une arbitre qui monte. 

Le mot du Président : Michaël JURET

« Je suis très heureux de voir Charlotte sélectionnée pour la deuxième fois consécutive pour les Jeux Olympiques d’Hiver.
Notre proximité géographique a fait que nous avons officié à de nombreuses reprises ensemble en tant qu arbitre il y a une quinzaine d’années. Et c’est tout naturellement que lorsque je suis devenu Président des Ducs d’Angers, elle est devenue licenciée de ce club. Je suis donc bien placé pour connaître tous les efforts et tous les sacrifices qu’elle a consentie pour arriver au sommet de son art.

C’est une fierté de voir sélectionnée une femme licenciée dans notre club pour cet événement planétaire. En effet, si en France, les femmes sont de plus en plus nombreuses à être licenciées grâce au travail spécifique effectué par la fédération et les clubs, la féminisation du hockey ne se retrouve pas encore dans le haut niveau. Nous verrons donc évoluer  une de nos licenciées au plus haut niveau  pour cet événement dont rêvent tous les sportifs ; les Jeux Olympiques ! Charlotte sera ainsi la seule représente du hockey sur glace français à ces jeux de Pyeongchang.

C’est aussi une récompense pour tout ceux qui comme moi, ont milité pour la féminisation de l’arbitrage. Cette question  ne se pose plus aujourd’hui grâce là encore en partie au travail d’ouverture de la fédération. les arbitres féminines trouvent ainsi toute leur place dans le championnat de la saxoprintliguemagnus .#gocharlottego !!! « 

Après 12 ans d’arbitrage dans le hockey, avez-vous remarqué un changement de mentalité quant à l’arbitrage féminin ?

Malheureusement non, c’est toujours aussi compliqué de se faire une place lorsqu’on est une femme dans un monde d’hommes. La mentalité des coachs, des joueurs et des présidents de club à évolué dans le bon sens, contrairement à la mentalité des collègues arbitres, qui voit en nous une concurrence de plus. Les rapports se durcissent un peu.

Quelles qualités requiert le métier d’arbitre en haut niveau ?

Le travail.  Comme tout les sports de haut niveau, c’est le travail, la remise en question et je ne vous fait pas le couplet sur l’imaprtialité de l’arbitre etc… beaucoup d’abnégation et une réelle envie de performer. C’est aussi beaucoup de sacrifices, nous avons le même rythmes que les joueurs professionnels sauf que nous, nous ne sommes pas professionnels, on a donc une activité professionnelle à côté. Par exemple, hier soir j’ai arbitré un match à Bordeaux, je suis partie à 14h00 de mon travail,  j’ai fait mon match, j’ai dormi trois heures et j’ai repris le train ce matin, pour être à 8h00 au travail. Et cela, 3 fois par semaine le mardi, vendredi et dimanche. D’autre part, je travaille 38h00 par semaine, plus les entrainements à côté des matchs.

De quel type d’entrainement s’agit-il ?

Un entrainement physqiue et personnel car nous somme tout seul pour le faire, nous ne sommes pas du tout accompagné par fédération. Pour ma part, c’est entrainement physique musculation, renforcement musculaire, course à pied et je joue aussi au handball en pré-nationnal. Cela me permet de faire un sport pour le plaisir, non pas que je ne fasse pas de l’arbitrage pour le plaisir, mais il n’y a pas d’enjeu. Je cours après une balle avec des copines pour le pure plaisir de courir après une balle sans aucune attente de résultat.

En 2014, vous officiez pour la première fois aux JO de Sotchi, vous êtes parmi les six arbitres français à participer aux JO depuis 1992 (Albertville). Quel est votre ressenti par rapport à cela ? Quel souvenir en gardez vous ?
Forcément un souvenir mémorable, les 1er Jeux Olympiques sont toujours grandioses. C’est la consécration de sportif de haut niveau, donc des étoiles plein les yeux, une expérience extrêmement riche à tout points de vue. La dernière à avait fait les Jeux c’était à Anne Sophie BONIFACE à Turin, en 2006.  Elle non plus n’a pas du tout été valorisé à l’époque car ce n’était qu’une fille. Je garde un excellent souvenir de ces Jeux Olympiques, qui malheureusement m’ont été gâché après, quand je suis revenue en France, par les collègues morts de jalousie.

 

Quels liens entretenez-vous entre arbitres féminines ?

Nous sommes très solidaires. Nous formons un petit groupe d’une dizaine d’officielle, de niveau national. Nous sommes toutes différentes, nous avons toutes des caractères différents, nous avons toutes eu des expériences différentes face au sexisme etc… parce que nous évoluons dans des divisions différentes. Plus, nous sommes dans une division basse, moins nous devons faire face à la jalousie ou au sexisme des collègues, des coachs ou des joueurs. Et plus nous sommes en haut de l’affiche, plus c’est compliqué, mais c’est pareil dans le monde des dirigeants et de l’entreprise. La secrétaire est beaucoup moins attaquée que la cadre supérieure. Je déplore et je regrette l’omerta qui règne sur le sujet parce qu’elles savent très bien que si elles dénoncent les faits, elles seront encore plus stigmatisées. C’est la double peine : subir et ne pouvoir rien dire.

Quel est votre meilleur souvenir en arbitrage ?

Les Jeux Olympiques, les finales de championnat du monde, c’est très prestigieux et ça couronne toujours un tournoi, une carrière, c’est des années de travail. Je n’ai pas un moment spécifique. Peut-être le moment où la décharge d’adrénaline est la plus forte pour moi, c’est quand je reçois la désignation pour les Jeux Olympiques ou pour une finale. Vous l’attendez pendant des années. Avant cela, nous sommes jugés, rejugés testés, retestés, deux à trois fois par an. Cette année le couperet est tombé le 1er décembre. Une fois qu’on a le papier avec écrit sélectionnée aux Jeux Olympiques c’est très fort. C’est pareil pour une finale de championnat du monde, toute la semaine vous travaillez très dur avec vos collègues et vous savez très bien qu’à la fin des championnats du monde, ils n’y en a que quelques-unes qui vont être sélectionnées pour faire la finale. C’est le sport et quand votre nom apparait sur la liste c’est plutôt magique. Je crois que sur toutes mes sorties internationales, j’ai fait toutes les finales. Sauf aux Jeux Olympiques de 2014 car j’étais toute jeune et quoi qu’il arrive j’aurai beau être la meilleure du monde on n’aurait pas donné un match aussi prestigieux à quelqu’un qui avait peu d’expérience comme moi.

Seule la finale des JO manque à votre palmarès ?

C’est cela ! Il me manque aussi la finale masculine de la coupe de France, interdite aux femmes ce n’est pas écrit mais c’est tacite. J’ai fait de nombreuses fois des demi-finales mais jamais la finale. C’est comme un jour un responsable m’a dit : « c’est la vitrine du hockey on ne peut pas se permettre de mettre une femme sur la glace ».  J’ai fait la finale de la coupe France féminine et la finale de la coupe de la ligue (arrêtée il y a deux ans).

Engagée dans la lutte pour la reconnaissance des femmes dans le sport, vous n’hésitez pas à partager votre expérience. Quel message voudriez-vous transmettre à toutes les femmes qui souhaitent intégrer le monde du sport ?

Toujours croire en soi même, c’est important en oubliant jamais que le meilleur ennemi de la femme c’est la femme elle-même avec ses croyances, sa petitesse. C’est le plafond de verre, il existe et il est inventé par la femme elle-même. Moi j’ai eu la chance d’être élevée par des femmes qui n’avaient pas de plafond de verre, ça aide. Tout passe par l’éducation.

Propos recueillis par Salomé AUDRIN

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